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Vous savez peut-être exactement ce qui vous fait souffrir, sans parvenir à vous en libérer. Une séparation, une humiliation, un accident, une relation toxique ou une enfance marquée par l’insécurité peuvent continuer à se rejouer dans le corps longtemps après les faits. Comprendre comment se déroule une séance EMDR permet souvent d’apaiser une inquiétude légitime : non, vous n’avez pas à tout revivre seul, ni à raconter votre histoire dans les moindres détails.

L’EMDR est une approche structurée, progressive et profondément respectueuse de votre rythme. Son objectif n’est pas d’effacer votre mémoire. Il s’agit de retraiter les souvenirs qui restent bloqués dans le système nerveux, afin qu’ils cessent de déclencher la même peur, la même honte, la même colère ou le même sentiment d’impuissance aujourd’hui.

Pourquoi un souvenir peut-il rester aussi présent ?

Après un événement vécu comme trop intense, trop soudain ou trop solitaire, le cerveau ne parvient pas toujours à intégrer l’expérience de façon apaisée. Le souvenir reste alors associé aux sensations, aux images, aux croyances et aux réactions corporelles d’origine. Une odeur, un regard, une dispute ou une situation qui ressemble de loin à ce qui s’est passé peut suffire à rallumer l’alarme.

Cela peut prendre la forme d’insomnies, d’hypervigilance, d’angoisses, d’évitements, de douleurs liées au stress ou de schémas relationnels répétitifs. Vous pouvez être très fonctionnel dans votre vie professionnelle et pourtant vous sentir intérieurement prisonnier d’une réaction que vous ne contrôlez pas.

Vous n’êtes pas cassé. Votre cerveau a mis en place des stratégies de protection pour vous aider à survivre à ce qui était trop difficile à vivre. L’EMDR aide à remettre du mouvement là où le système est resté figé.

L’Organisation mondiale de la Santé recommande notamment l’EMDR dans la prise en charge du trouble de stress post-traumatique. Cette méthode s’appuie sur plusieurs décennies de recherches et d’études cliniques. Pour autant, elle ne se résume pas à une technique appliquée mécaniquement : la qualité du cadre thérapeutique, la préparation et l’adaptation à votre histoire comptent tout autant.

Comment se déroule une séance EMDR ?

Une séance EMDR ne commence généralement pas par le retraitement direct d’un souvenir traumatique. Avant de toucher à ce qui fait mal, il est essentiel de créer suffisamment de sécurité intérieure. Le travail avance par étapes : identifier, préparer, retraiter, intégrer.

La première étape : comprendre votre histoire et vos symptômes

Lors de la séance préparatoire, le thérapeute prend le temps d’écouter ce que vous traversez aujourd’hui. Il ne s’agit pas seulement d’identifier l’événement le plus visible, mais de comprendre les liens entre vos difficultés actuelles, votre histoire de vie, vos relations et votre vécu corporel.

Vous pouvez venir pour une anxiété chronique et découvrir qu’elle s’enracine dans des expériences répétées de rejet. Vous pouvez consulter après une trahison récente alors que celle-ci ravive une blessure plus ancienne. Le but n’est pas de chercher un coupable ni de forcer une explication. Il est d’identifier les souvenirs, les situations ou les croyances qui entretiennent la souffrance.

Le thérapeute évalue aussi votre stabilité actuelle : sommeil, ressources relationnelles, capacité à vous apaiser, contexte de vie, éventuels épisodes de dissociation ou de débordement émotionnel. Cette évaluation est indispensable. Selon votre situation, plusieurs séances de préparation peuvent être nécessaires avant le retraitement. Ce n’est pas un retard : c’est ce qui rend le travail plus sûr et plus durable.

Se préparer : installer des repères de sécurité

Avant d’activer un souvenir difficile, vous apprenez à repérer ce qui vous aide à revenir dans le présent. Cela peut passer par la respiration, l’ancrage corporel, l’attention à l’environnement, l’identification d’un lieu ressource ou d’une sensation de sécurité.

Cette phase est particulièrement importante lorsque le trauma est ancien, complexe ou répété. Une personne qui a vécu de l’insécurité pendant des années n’a pas forcément besoin d’aller plus vite. Elle a besoin de sentir que son système nerveux peut traverser l’émotion sans être submergé.

L’EMDR peut alors s’inscrire dans une approche plus globale, en tenant compte du corps, des réactions nerveuses et des blocages émotionnels. Parfois, un travail complémentaire aide à mieux préparer le terrain. L’essentiel reste de ne jamais confondre intensité et efficacité : aller trop vite peut réactiver la souffrance au lieu de la transformer.

Cibler le souvenir sans s’y enfermer

Lorsque le moment est adapté, vous choisissez avec le thérapeute un souvenir précis à travailler. Il peut s’agir d’une scène marquante, d’une image qui revient sans cesse, d’une phrase entendue, ou d’un moment où vous vous êtes senti abandonné, en danger ou humilié.

Le thérapeute vous invite à identifier ce qui est encore activé aujourd’hui : l’image la plus perturbante, l’émotion présente, les sensations dans le corps et la pensée négative associée. Par exemple : « Je ne vaux rien », « Je suis en danger », « C’est ma faute » ou « Je ne peux faire confiance à personne ».

Vous définissez également une pensée plus ajustée que vous aimeriez pouvoir ressentir comme vraie, telle que « J’ai fait de mon mieux », « Je suis en sécurité maintenant » ou « J’ai de la valeur ». Il ne s’agit pas de se répéter une phrase positive pour se convaincre. Cette nouvelle perception prend de la force au fil du retraitement, lorsque le souvenir perd sa charge émotionnelle.

La stimulation bilatérale : le cœur du retraitement

Le retraitement EMDR repose sur une stimulation alternée des deux côtés du corps. Elle peut se faire par des mouvements oculaires guidés, des tapotements alternés sur les genoux ou les mains, ou parfois des sons alternés. Le choix dépend de votre confort et du cadre de la séance.

Pendant ces séquences, vous gardez une partie de votre attention sur le souvenir ciblé, puis vous laissez venir ce qui se présente : une image, une émotion, une sensation, un souvenir associé, une prise de conscience ou parfois simplement un changement intérieur difficile à nommer.

Vous n’avez pas besoin de bien faire. Vous n’avez pas à analyser chaque réaction, ni à produire un récit cohérent. Le thérapeute vous accompagne avec des interventions brèves et régulières, tout en surveillant votre niveau d’activation. Vous restez dans le présent, en relation, avec la possibilité de ralentir, de faire une pause ou d’arrêter si cela devient trop intense.

Certaines personnes ressentent une émotion forte, puis un soulagement. D’autres ont l’impression que les associations se font naturellement, comme si leur cerveau reliait enfin des éléments restés séparés. Chez certaines, le changement est très net dès une séance. Chez d’autres, le processus est plus progressif. Il dépend de la nature du vécu, de l’ancienneté des blessures, de leur répétition et des ressources disponibles au moment du travail.

Vérifier que le souvenir s’apaise réellement

Au fil des séries de stimulations, le thérapeute vérifie si la perturbation liée au souvenir diminue. L’objectif est que vous puissiez penser à ce qui s’est passé sans revivre l’événement comme s’il était encore en cours.

Le souvenir demeure, mais il change de place. Vous pouvez reconnaître : « Oui, cela m’est arrivé », sans que votre ventre se noue immédiatement, sans que votre sommeil soit envahi, sans que votre comportement soit piloté par la peur. La pensée plus juste est alors renforcée, puis l’attention est portée sur le corps pour vérifier s’il reste une tension ou une activation résiduelle.

Une séance se termine toujours par un temps de stabilisation. Si le retraitement n’est pas complètement terminé, cela ne signifie pas que vous repartez abandonné avec une émotion ouverte. Le thérapeute vous aide à refermer la séance, à retrouver vos repères et à savoir quoi observer dans les jours qui suivent.

Que peut-on ressentir après une séance ?

Après une séance EMDR, vous pouvez vous sentir plus léger, fatigué, ému ou particulièrement calme. Il est également possible que des rêves, des souvenirs ou des émotions émergent entre deux rendez-vous. Ce mouvement ne veut pas forcément dire que cela va mal : le cerveau peut poursuivre son travail d’intégration.

Prévoyez, si possible, un temps plus calme après la séance. Hydratez-vous, marchez, dormez suffisamment et évitez de vous juger pour ce qui remonte. En cas de réaction trop intense ou inhabituelle, il est important d’en parler au thérapeute afin d’ajuster l’accompagnement.

Combien de séances faut-il prévoir ?

Il n’existe pas de nombre universel de séances. Un événement unique et clairement identifié peut parfois être retraité en quelques rendez-vous. Un trauma complexe, des violences répétées, une enfance marquée par l’instabilité ou plusieurs blessures relationnelles demandent souvent un travail plus long, avec une préparation plus approfondie.

Chercher un chiffre précis est compréhensible, mais la vraie question est plutôt : votre système nerveux se sent-il assez en sécurité pour avancer, et observez-vous des changements dans votre quotidien ? Retrouver du sommeil, dire non plus facilement, ne plus se dissocier pendant un conflit ou cesser de choisir les mêmes relations destructrices sont déjà des signes concrets de transformation.

Si vous avez beaucoup parlé de votre histoire sans parvenir à calmer les réactions qui vous échappent, une approche EMDR personnalisée peut offrir un autre chemin. Vous n’avez pas besoin de prouver que votre souffrance est assez grave pour demander de l’aide. Le fait qu’elle pèse encore sur votre vie est une raison suffisante pour commencer à l’écouter autrement.